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Cheikh Yérim Seck : Aucune pollution sonore ne peut brouiller le scandale Kosmos

S’il y a une matière dans laquelle l’homo pastefensis excelle, c’est incontestablement la fabrication artificielle de brouillard pour couvrir d’un voile opaque toute vérité qui contredit la propagande de Pastef.
Ce qu’on peut aujourd’hui appeler, sans risque de se tromper, «le scandale Kosmos», révélé à l’occasion de sa Déclaration de politique générale par le Premier ministre, Alhaminou Lô, est d’une simplicité enfantine.
Il se décline en des termes d’une clarté cristalline : trois mois avant l’expiration du contrat liant l’Etat du Sénégal à Kosmos, Alioune Guèye, alors à la tête de Petrosen, la société de patrimoine du Sénégal, a signé avec cette compagnie étrangère un accord aux termes duquel l’Etat reprend le bloc Yaakaar-Teranga sans aucune incidence financière pour aucune des deux parties.
Birame Soulèye Diop, à l’époque ministre du Pétrole, a élevé un cri de triomphe. Ousmane Sonko, Premier ministre au moment des faits, s’est fendu, le 23 avril 2026, d’un long post sur Facebook sur le thème de la souveraineté retrouvée par le Sénégal sur son patrimoine pétrolier.
Cette rhétorique d’auto-glorification, amplifiée par les mégaphones médiatiques de la sonkosphère, cachait une cruelle réalité.
Alhaminou Lô l’a révélée : en signant un tel accord, l’Etat a de facto perdu 55 millions de dollars que devait lui verser Kosmos le 31 juillet 2026, terme du contrat.
Se posent, dès lors, des questions d’une pressante acuité : Ousmane Sonko, Birame Soulèye Diop et Alioune Guèye ont-ils poussé l’incompétence au point d’ignorer cette clause contractuelle ? Pouvaient-ils, alors qu’ils étaient dans un exercice de renégociation des conventions minières, méconnaître cet atout majeur du Sénégal ? Pourquoi, donc, cet empressement pour signer un accord treize semaines avant le terme contractuel qui allait permettre à l’Etat de faire jouer la clause à 55 millions de dollars ? En contrepartie de quoi a été orchestré ce sabotage manifeste contre les intérêts du Sénégal ? Kosmos a fait quoi pour qui afin de mériter un tel cadeau ?
Sans tomber dans la psychologie de bazar, pourquoi la logorrhée auto-justificatrice de Sonko sur Facebook fut-elle si longue ? Que cachait ce plaidoyer martelé dans un point de presse puis dans de nombreuses autres sorties du Premier ministre de l’époque ?
Si la dénonciation d’un tel scandale est un geste de salubrité publique, Alhaminou Lô n’est ni un lanceur d’alerte, ni le porte-parole d’une association de lutte contre la corruption. Son annonce aurait dû s’accompagner de la déclinaison de mesures de son gouvernement pour situer les responsabilités, identifier les auteurs et complices d’un tel carnage financier, mener les démarches pour recouvrer la somme spoliée…
Abdourahmane Diouf, aujourd’hui ministre du Pétrole, doit, au-delà de la multiplication des sorties médiatiques, poser des actes pour dénoncer l’accord avec Kosmos et prendre toute initiative de nature à faire rentrer l’Etat dans ses fonds.
Gardien de nos maigres deniers dans ce contexte de crise aiguë de trésorerie, le président de la République doit aux Sénégalais d’être entendu sur ce scandale. Bassirou Diomaye Diakhar Faye a saisi l’Inspection générale d’Etat de la question, a révélé le journal «L’Observateur» dans sa parution de ce 10 septembre. Bon début, mais pas suffisant !
Comme les affaires Onas, Aser, «fonds de secours à Bakel», «indemnisation des casseurs»…, le scandale Kosmos réunit les constantes de la gestion de Pastef : un discours trop moralisateur qui cache souvent une réalité trop peu orthodoxe. Et un écran de fumée toujours dressé par des décibels de communication pour couvrir d’un voile épais les scandales.
Cette fois-ci, les faits sont plus limpides que la limpidité. Même si l’homo pastefensis vit dans la «post-vérité», au sens où l’entendait Hannah Arendt. La plus journaliste des philosophes et la plus philosophe des journalistes, qui a étudié les deux totalitarismes du 20e siècle (le nazisme et le stalinisme), a conclu que la plus grave menace pour l’avenir de l’humanité est la confusion savamment entretenue entre la vérité et le mensonge. Pastef aura beau vouloir manipuler, 2 et 2 font 4. C’est la grammaire commune sur la base de laquelle nous faisons société.
55 millions de dollars, soit près de 30 milliards de F Cfa, ont été perdus par le Sénégal par la faute de gens dont on ne peut croire qu’ils ont péché par naïveté. Pareille inconduite appelle une réponse pénale à la hauteur de la gravité des faits. Ceci est un constat d’évidence qu’aucune manipulation falsificatrice ne peut altérer. Aucune pollution sonore ne peut brouiller le scandale Kosmos.
Cheikh Yérim SECK

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