Interview avec AGSILA: “Au Sénégal, être femme c’est un combat de tous les jours”
Interview avec AGSILA: “Au Sénégal, être femme c’est un combat de tous les jours”

PEOPLE: Interview avec AGSILA: “Au Sénégal, être femme c’est un combat de tous les jours”

Bienvenue ! Son nom est un appel à l’hospitalité et son talent une richesse multiforme. Agsila vous dit bienvenue dans son jardin aux fleurs arrosées à nos valeurs de partage mais aussi à l’apport du monde moderne. Métisse à la sénégalité assumée, Agsila chante divin pour se réconcilier avec son moi religieux. Imbibée à la musique depuis son enfance, la jeune artiste a de qui tenir et sa voix est une voie de sonorités entraînante que Rewmi vous invite à emprunter pour une promenade vespérale.

Que dire d’Agsila ?

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Agsila est une artiste compositrice et interprète passionnée de langues et d’histoire. Pour elle, le plus important c’est d’être elle-même. Je n’incarne pas un personnage, je suis moi-même partout et dans toutes les situations de la vie. J’aime la légèreté et la simplicité des relations saines. J’essaie également de garder une relation directe et constante avec le Divin. Tout mon quotidien est organisé pour pouvoir écouter ce que le bon Dieu veut de moi et ce qu’Il attend que j’offre aux proches et aux amis. S’il y a une chose qui m’apporte plus de bonheur que la musique c’est de m’occuper de ceux qui en ont besoin, de tendre l’oreille, car cela peut sauver une vie.

Pour moi, la musique est un prétexte d’équilibre spirituel du monde, et les langues, une porte d’entrée de toute une science anthropologique permettant d’accéder au rythme, aux sonorités. Et elle aboutit à toute une harmonie du verbe pour la société.

Agsila du mot wolof « Bienvenu ». Pourquoi ce nom ? Une signification particulière ?

Agsila vient du mot Agsil qui veut dire bienvenue en Wolof .Bienvenue car dans cette invitation il y a tout l’amour du monde. Et le « a » symbolise l’Afrique. J’aspire donc à être le plus pure dans ce deuxième prénom Agsila, une Afrique simple dans toute sa pluralité et dans sa richesse diversifiée.

Comment avez-vous su pour cette voie musicale ? Etait-ce une évidence ?

Mes parents aimaient la musique. Chez nous, les disques tournaient tôt le matin du Baroque, à Salif Keita, de Sory Kandia Kouyaté à Bembeya Jazz. Mes parents s’amusaient parfois à s’enregistrer en chantant des tubes traditionnels dans des cassettes de magnétophone quand j’étais petite. Mais j’ai appris à chanter à l’église où le Gospel travaillait même les voix les moins probables. Cela était évident, je ne pouvais pas faire autre chose que la musique. J’ai toujours eu une passion dans l’écriture et la composition.

Dites-nous en un peu plus sur votre style de musique ?

Ma musique a évolué en 3 temps. De l’afro jazz, au Gospel mbalax, vers un Gospel classique wolof aujourd’hui. C’est un mélange riche de classiques et de jazz. Mais le plus important est que cette musique est dans un Wolof soutenu, digne de l’académie sénégalaise. Car ma culture est wolof, malgré mes origines métissées.

La guitare votre source d’inspiration ?

La guitare pas exactement, mais toutes les cordes m’inspirent. Encore que tout a tellement évolué aujourd’hui dans ma vie et ma musique. En fait, tous les bruits, les rythmes simples de la vie, du corps et des éléments m’inspirent aujourd’hui. Mais la plus grande partie de mes chansons viennent de mes rêves.

Vous parlez souvent des conditions de la femme dans vos chansons. Féministe ?

Je n’aime plus dire que je suis féministe, car en évoluant j’ai compris qui j’étais. La catégorisation ne me plaît pas. Je suis une femme, normale et consciente de la situation de la femme dans ce pays. On aimerait mettre les femmes dans des cages conçues pour les limiter. Et moi je pense que dans une société il faut un équilibre équitable pour que toutes les couches trouvent leurs places adéquates. Je n’aime pas l’injustice ni sur des hommes, ni sur des enfants, ni sur des minorités. Mais il faut dire que les femmes et les enfants sont les plus vulnérables donc il faut les défendre quand il faut. Au Sénégal, être femme c’est un combat de tous les jours. Même une place à la fenêtre d’une voiture en covoiturage pour une femme demande un caractère pour la garder. Ceci est une expérience personnelle.

Le message derrière « Bët set na » ?

Bët set Na veut dire le jour se lève. Le Sénégal est un beau pays, qui connaît depuis quelque temps des crises. Bët set Na porte un message d’amour, de réconfort et de paix pour tous. C’est le nom de mon prochain album en préparation depuis un an, c’est aussi le nom de notre dernier spectacle du 24 juillet. Un nouveau jour arrive avec de bonnes nouvelles! D’où « Gospel », Gospel vient du mot God spell, la bonne nouvelle. Avec ce qui se passe au Sénégal et dans le monde, nous avons besoin d’entendre des bonnes choses qui apportent la sérénité. Voilà ce qui est derrière Bët set na.

Agsila dit rêver que l’Afrique s’unisse non pas en comptant sur la politique uniquement, mais à travers la culture et l’art. Que doit-on comprendre par-là ?

Je pense fermement que la culture et l’art sont l’un des éléments qui unissent de manière simple et naturelle les gens sans distinction. Dans ma musique par exemple, je chante dans la langue Lingala du Congo, dans le Bulu du Cameroun ou de l’Afrique centrale, du zulu, de l’Afrique du sud, du peul parlé dans toute l’Afrique, du diola, du sérère, du Sarakolé et du Bambara parlé au Sénégal et au Mali.

Ne suis-je pas en train d’essayer d’unir? Quand j’étais en Licence, nous avions plusieurs nationalités dans la classe. Tous étaient africains. Mais il y avait autant de rangées que de pays. Cela m’a traumatisée. Je me suis dit que l’unité politique est presque une utopie, si nous n’arrivons pas à nous unir dans une petite salle de classe, faudra pas y penser pour nos pays. Voilà pourquoi je propose l’unité dans la culture.

A quand votre prochain spectacle sur Dakar ?

A Dakar, les prochains concerts seront au mois de décembre dans les Maisons d’arrêts et de corrections.

Des projets en vue ?

Je suis en ce moment en France pour une petite tournée en Bourgogne et à la Rochelle entre le 13 et le 30 juillet. Et je suis heureuse de faire partie d’un projet musical sur l’eau qui s’appelle Walangaan et qui se passe en Belgique dans un théâtre réputé pour le spectacle pour tout-petits. Mais surtout j’attends de pouvoir faire le tour de cette Afrique riche et plurielle pour propager Bët set Na porteur de bonnes. Nouvelles.

 

ANNA THIAW

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