Une cinquantaine de dossiers de viol seraient actuellement pendants au Tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye et certains mis en cause seraient détenus depuis au moins trois ans, sans avoir encore été jugés. Cette situation révèle une double pression : d’un côté, l’afflux des affaires de violences sexuelles ; de l’autre, des juridictions qui travaillent avec des moyens humains limités.
À l’échelle nationale, les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène. Entre 2020 et 2024, 1 510 victimes de viol et de pédophilie ont été recensées au Sénégal. Parmi elles, 957 sont des mineurs, dont 342 ont moins de 13 ans.
Face à cette réalité, les effectifs de la justice restent insuffisants. Selon le ministère de la Justice, seuls 436 magistrats sont en fonction dans le pays, pour un besoin évalué à 1 324. À Pikine-Guédiawaye, neuf juges du siège sont en poste, alors qu’il en faudrait 23. Une insuffisance critique face à l’activité judiciaire : le parquet de cette juridiction a enregistré plus de 16 000 plaintes en 2025, et déjà 4 728 au premier trimestre 2026.
Dès lors, le défi ne consiste pas simplement à multiplier les audiences. Il faut pouvoir enquêter, examiner les preuves et juger dans des délais raisonnables, tout en garantissant les droits de la défense.
Certes, la criminalisation du viol en 2020 a renforcé la réponse pénale. Mais pour produire pleinement ses effets, la loi doit s’appuyer sur des moyens adéquats. Six ans après, la question de son application reste alors entière. En avril dernier, l’Association des femmes magistrates du Sénégal a d’ailleurs engagé une réflexion sur les effets de cette loi et son application au sein de la chaîne pénale.
Une démarche qui rappelle qu’au-delà de la sévérité des sanctions, c’est toute l’efficacité du dispositif, de la prévention au jugement, qui mérite aujourd’hui d’être évaluée.
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