Né le 1er mai 1960 à Kolda, l’Adjudant Bassirou Sall grandit dans un contexte régional marqué par les luttes d’indépendance et les tensions politiques en Afrique de l’Ouest. Alors âgé de 20 ans, il voit la sous-région confrontée à la montée des mouvements politiques de droite et de gauche, illustrée notamment par le coup d’État au Libéria contre le Président William Tolbert (1913-1980), orchestré par Samuel Doe (1951-1990) en 1980, les menaces mauritaniennes au nord du pays ainsi que les rivalités politiques grandissantes en Gambie contre le régime du Président Dawda Kaïraba Jawara (1924-2019).
Le contexte de l’époque, dans cette situation de reconfiguration géopolitique sous-régionale, pousse le Sénégal à consolider ses frontières, ses institutions militaires et politiques afin de réaliser l’unification et l’unité nationale. C’est dans ce contexte géopolitique tendu que Bassirou est incorporé dans l’Armée sénégalaise le 1er septembre 1980.

Sa vocation militaire trouve cependant ses racines bien plus tôt, dans son enfance à Kolda durant la guerre de libération de la Guinée-Bissau. À cette époque, le PAIGC utilisait les zones de Ziguinchor et Kolda, tandis que l’Armée sénégalaise soutenait les combattants indépendantistes avec le déploiement des Commandos et Parachutistes dans les localités frontalières de Salikégné, Samine et Santhiaba-Manjack comme le témoigne le Major, à la retraite, Oumar Sarr en service dans le secteur.
Durant cette période, Bassirou Sall eut l’occasion d’apercevoir des figures historiques telles que Amílcar Cabral (1929-1973), Ansoumana Mané alias « Brik-Brak » (1940-2000) et João Bernardo Vieira alias « Cabi » (1939-2009) à Kolda au-delà même de la pression migratoire venant de la République de Guinée causée par le régime de Sékou Touré (1922-1984).
Issu du contingent 1980/3, surnommé « les Benjamins de la Première République » du Président Léopold Sédar Senghor, Bassirou Sall effectue sa Formation Initiale du Combattant (FIC) au 1er Bataillon d’Instruction sous les ordres du Commandant Ibrahima Aris. À l’issue de cette formation particulièrement rigoureuse, il est affecté au Bataillon de Commandos alors basé au Camp Leclerc, actuel Front de Terre, et commandé par le mythique Commandant Georges Boissy.

Son commandant d’unité est alors le Lieutenant Mamadou Konté, deux figures légendaires de l’histoire militaire sénégalaise dont les noms resteront à jamais associés aux faits d’armes de l’opération « Fodé Kaba II ». Aujourd’hui encore, le camp de la Zone Militaire 5 porte le nom du Colonel Boissy, tandis que le Bataillon de Commandos de Thiès porte celui du Lieutenant Mamadou Konté, en hommage à leur bravoure exceptionnelle.
La formation commando de Bassirou Sall s’étend sur six mois et se déroule en deux phases. La première consiste en une Préparation Élémentaire au Combat Collectif (PECC) d’une durée de quarante-cinq jours, suivie d’une seconde phase consacrée à la formation commando à l’île de Ngor.
Cette préparation intense, destinée à relever les défis sécuritaires du début des années 1980, est encadrée par le Lieutenant Moussa Coulibaly, futur colonel de la Gendarmerie, ainsi que par le Sergent-chef Lang Sène dit « Caïman », les Sergents Idrissa Lamine Ndiaye et Abib Diène, sans oublier les caporaux Siaka Diedhiou, Mbaye Diop « Mono-Sport », Mamadou Mbaye, Ousmane Ndiaye, Mbaye Ndiaye et les anciens de contact Assane Mbaye et Saliou Taye.
À l’issue de cette formation de Ngor, le Soldat de deuxième classe Bassirou Sall rejoint les rangs des Commandos aux côtés de plusieurs camarades de promotion, parmi lesquels le Soldat de 2e classe Moïse Tendeng, unique rescapé du crash d’hélicoptère survenu durant l’opération « Fodé Kaba II ». Cinquante recrues issues de Bango puis de Ngor rejoignent alors le Bataillon déjà transféré à Thiès, le 14 juillet 1981.
Deux semaines seulement après son arrivée à Thiès, le jeudi 30 juillet 1981, l’alerte Gambie est déclenchée. Le jeune révolutionnaire marxiste-léniniste Kukoy Samba Sagna 1952-2013 orchestre alors une tentative de coup d’État visant à renverser le Président Dawda Kaïraba Jawara, alors en déplacement au Royaume-Uni pour les besoins du mariage du Prince de Galles Charles et de Lady Diana, où tout le Commonwealth s’était rendu.
Dans le cadre des accords de défense entre le Sénégal et la Gambie signés en 1965, le Président Abdou Diouf déclenche l’opération « Fodé Kaba II ». Les parachutistes commandés par le Commandant Didier Bampassy sont largués à Busumbala, en Gambie, à quelques encablures de l’aéroport international de Yundum, sous l’autorité du Lieutenant-colonel Abdourahmane Ngom dit « Abel », commandant du corps expéditionnaire.
Engagé dans cette vaste offensive interarmées impliquant les forces terrestres, aériennes, navales et le GIGN, Bassirou Sall participe activement à cette grande bataille marquée par la perte de son chef de section, le Sergent-chef Auréliano Da Sylva Rosa, dans la nuit du vendredi 31 juillet à hauteur du village de Lamin sous une pluie battante. L’opération aboutit finalement à la reprise de Banjul, la capitale, à la reddition totale des rebelles et à la restauration de l’autorité du Président Jawara en quelques jours. Cette intervention conduira par la suite à la création de la Confédération sénégambienne destinée à renforcer la sécurité collective entre les deux États.
Cependant, la fin du mouvement insurrectionnel en Gambie ouvre un nouveau front au Sud du pays. Le dimanche 26 décembre 1982, Bassirou Sall et son unité sont déployés à Ziguinchor lors des premières manifestations indépendantistes du MFDC afin de participer au rétablissement de l’ordre public. En septembre 1985, étant fonctionnaire caporal, il rejoint le 22e BRA de Saint-Louis qui, plus tard, est redéployé en Gambie où l’unité devient le 21e BCRA, Bataillon Confédéral de Reconnaissance et d’Appui.
Après avoir subi des tests pour le CAT2, ledit stage se déroule dans l’antre du Bataillon de Parachutistes. À l’issue, il rejoint son unité en Gambie dont le peloton est stationné à Bakau. Peu après, son unité est déployée en zone nord dans le cadre de l’opération « Bilbassi » contre la menace mauritanienne en avril 1989. Cette mission revêt pour lui une dimension particulière, la région du Fouta Toro, terre d’origine de ses parents, se trouvant alors en première ligne. Après l’apaisement diplomatique de cette crise grâce à la médiation de la CEDEAO, l’État-major redéploie cette CRA en Casamance entre fin 1989 et début 1990.
Sous les ordres du Capitaine Bachir Ndao, l’unité de Bassirou Sall multiplie alors les déploiements opérationnels entre Thiès, Ziguinchor, Kolda, Tambacounda, Goudiry, Kidira et Bakel. Surnommée à cette époque la « CRA Vadrouilleuse », l’unité évolue dans des conditions particulièrement difficiles, notamment au Camp Léger de Bakel encore en construction et infesté de reptiles. Le Lieutenant Jean-Luc Diène, aujourd’hui Général, commande alors le peloton AML.

À la suite de l’attaque du poste de douane de Tanaff, l’unité est redéployée en urgence vers Kolda puis Tanaff sous le commandement du Capitaine Souhaibou Badji qui prend alors le commandement de la compagnie. C’est également durant cette période, entre 1989 et 1990, que l’unité prend officiellement le nom de 2e CRA du 25e BRA sous les ordres du Commandant Oumar Dieng dit « Panard ». Sall vient alors d’accéder au grade de Caporal-chef.
En 1993, Bassirou Sall est affecté au 2e Bataillon d’Infanterie de Saint-Louis sous les ordres du Commandant Birame Sembène avant d’être muté à la 2e CFV basée à Ourossogui, commandée successivement par les Capitaines Adam Diarra puis François Ndiaye, aujourd’hui Général. Huit mois plus tard, il rejoint le 5e Bataillon et la 8e CFV en 1994 avec le grade de Sergent. Dans cette unité marquée par un déficit important en sous-officiers, le Lieutenant Bamba Diouf lui confie la responsabilité de relever la section de Soukouta avec quelques jeunes soldats de la classe 1994/2, et cela avant même l’obtention de son CIA.
En outre, entre 1995 et 2000, période connue comme « les années de braise » en Casamance, Bassirou Sall participe intensément aux opérations en zone sud. En 1996, la 8e CFV quitte définitivement Kolda sous les ordres du Capitaine Djibril Kanouté pour être déployée dans la zone de Boutoupa-Kamaracounda après un passage à Adéane, poste de commandement avancé du 5e Bataillon.
En 2000, alors qu’il occupe les fonctions de chef de poste au carrefour de Mandina Thierno, il est désigné pour intégrer le contingent SENBAT 1 de la MONUC en République démocratique du Congo. À son retour de mission, Bassirou Sall est affecté au 12e Bataillon d’Instruction de Daka-Bango, où il sert entre 2001 et 2006 comme chef de section avec le grade de Sergent-chef et sous les ordres successifs du Commandant François Ndiaye (Général), du Commandant Jean-Paul Ntab (décédé), du Commandant Souleymane Thioune (« Para ») puis du Commandant Amadou Anta Gueye (Général). En 2006, Sall rejoint le 26e BRA où il accomplit dix (10) années de services effectifs marquées par de nombreuses responsabilités opérationnelles dans la Zone 6.
Il commande notamment les postes de Dabo et Saré Koundia, surnommée « École de guerre ». Il tient également les postes de Saré Alkaly, Ndiamakouta, Diacounda, Marsassoum, Médina Yoro Foulah, Salikégné, Dialadiang entre 2008 et 2009 puis Wassadou. Il est également chef de section dans des postes de commandement tels que Médina Wandifa, Vélingara, Boughary et Sédhiou où il est désigné pour la composition du SENBAT 11 Soudan (Darfour).
Il participe à plusieurs opérations majeures sous les ordres du Capitaine Mademba Fall, aujourd’hui Colonel. En 2009-2010, il prend part à la mission du SENBATT 10 en Côte d’Ivoire sous le commandement du Colonel Sadio Diallo avant d’être engagé une dernière fois au Darfour (Soudan) au grade d’Adjudant.
Au terme de trente-six années de services consacrées à la défense du Sénégal, l’Adjudant Bassirou Sall reçoit plusieurs distinctions honorifiques parmi lesquelles la Médaille commémorative des événements de « Fodé Kaba II », la Croix de la Valeur militaire, trois médailles onusiennes pour ses engagements au sein de la MONUC, de l’ONUCI et de l’UNAMIS, ainsi que la Médaille d’honneur de l’Armée de Terre et un Diplôme de reconnaissance du 26e BRA.
Figure respectée de l’Armée sénégalaise, surtout au Bataillon de Commandos, il aura servi sur de nombreux théâtres d’opérations, aussi bien en Casamance qu’à l’étranger, avec discipline, courage et loyauté.
Le 30 avril 2016, il prend officiellement sa retraite au Camp Moussa Molo de Kolda, laissant derrière lui le parcours exemplaire d’un Soldat entièrement dévoué au service de la Nation sénégalaise. A cela s’ajoute le fait l’Adjudant Bassirou Sall demeure une mémoire collective vivante de l’Histoire militaire du Sénégal.
Merci pour tout le Service rendu à la Nation et bonne retraite.
« Devoir de Mémoire »
Maodo Ba Doba
Historien militaire contemporain,
Professeur en Études stratégiques de défense et politiques de sécurité
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