« Voilà deux ans de dialogues, commissions par ici, comités par-là, conclaves pour finir dans les tiroirs. Aucun problème n’est réglé. Tout d’abord sur l’inégalité de traitement. Chez AIBD. SA pour un même poste, un même travail, deux systèmes de rémunération, des salaires du simple au quintuple ». Ces propos du délégué du personnel à AIBD, Papa Mamadou Dia démontrent à suffisance le climat délétère qui plane au sein de la structure.
Après deux années de dialogue et de négociations jugées infructueuses, l’intersyndicale STDS-SYNATRACS compte déposer un préavis de grève et donnent jusqu’à fin septembre à la Direction générale pour apporter des réponses concrètes
En effet, les syndicalistes dénoncent des inégalités de traitement, des difficultés liées à la couverture médicale, le blocage des élections des délégués du personnel et une absence de visibilité sur plusieurs projets stratégiques d’AIBD SA. Les travailleurs estiment avoir épuisé toutes les voies pour le dialogue.
Pour le Secrétaire général du Syndicat des travailleurs démocratiques du Sénégal (STDS), Djibril Sène, et le délégué du personnel Papa Mamadou Dia, les discussions n’ont pas permis de régler les principales difficultés auxquelles sont confrontés les travailleurs.
« Nous avons dialogué, nous avons négocié, nous avons attendu. Aujourd’hui, nous agissons », résume l’intersyndicale, qui a décidé d’engager une nouvelle phase de la lutte syndicale avec le dépôt d’un préavis de grève.
Deux conventions et des écarts de rémunération dénoncés
Au cœur des revendications figure la question de l’harmonisation des conditions de travail. Cinq ans après la fusion ayant donné naissance à AIBD SA, deux régimes conventionnels continuent de coexister au sein de l’entreprise.
Selon le délégué du personnel, cette situation entraîne des différences importantes en matière de salaires, d’indemnités, de statut et de retraite complémentaire. Pour un même poste et un même travail, les écarts de rémunération pourraient, selon eux, aller du simple au quintuple.
L’intersyndicale demande ainsi l’harmonisation des salaires de base, la généralisation de la retraite complémentaire à l’ensemble du personnel et une correction du traitement réservé aux agents affectés à Ziguinchor.
Les syndicats réclament également des simulations chiffrées et anonymisées permettant de mesurer précisément les écarts entre les différentes catégories de travailleurs. Ils souhaitent que ces mesures soient engagées avant la fin du mois de septembre. L’autre point de friction demeure les élections des délégués du personnel.
L’intersyndicale rappelle qu’aucune élection n’a été organisée depuis 2018 et que le mandat des précédents représentants a expiré en 2021.
Les syndicats affirment que, malgré les démarches entreprises et l’intervention de l’Inspection du Travail, le processus électoral demeure bloqué. Ils évoquent notamment une mise en demeure adressée à AIBD SA le 3 août 2026, dont le délai de dix-sept jours serait arrivé à échéance sans organisation des élections. Pour les organisations syndicales, cette situation ne peut plus durer.
Elles exigent la tenue rapide des élections afin de permettre aux travailleurs de choisir leurs représentants dans un cadre régulier.
La couverture médicale avec SAAR vivement critiquée
La question de la santé constitue également un important sujet de mécontentement. L’intersyndicale dénonce les insuffisances qu’elle attribue à la couverture assurantielle confiée à SAAR Assurances. Les syndicats affirment que des travailleurs rencontrent des difficultés pour accéder aux soins et que certains agents à Diass seraient désormais orientés vers des prestataires extérieurs avec des consultations payantes.
Une situation jugée d’autant plus incompréhensible par les syndicats qu’AIBD SA dispose de son propre personnel médical.
L’intersyndicale demande donc un audit de la procédure ayant conduit au choix et au renouvellement du contrat d’assurance, ainsi qu’une révision du dispositif au profit d’une couverture considérée comme plus adaptée aux besoins des travailleurs et de leurs familles.
Des suppressions de contrats qui interrogent
La politique de l’emploi menée depuis 2024 est également dans le viseur des syndicats. L’intersyndicale affirme que plus de 200 CDD et prestataires ont été libérés alors que certains secteurs continueraient à manquer d’effectifs et que de nouveaux recrutements seraient parallèlement effectués. Elle réclame une politique de recrutement transparente, basée sur les besoins réels de l’entreprise, les compétences, l’expérience et le mérite.
Les syndicats s’interrogent également sur le recours aux stagiaires rémunérés alors que des agents expérimentés auraient été écartés.
Contrôleurs aériens et pompiers : des situations jugées préoccupantes
L’intersyndicale met par ailleurs en avant le cas de sept contrôleurs de la circulation aérienne formés à l’AIMAC et sortis de formation depuis 2024.
Selon les syndicats, ces agents n’auraient toujours pas obtenu leurs diplômes en raison du non-paiement de frais de formation par AIBD SA, ce qui empêcherait leur mise en activité et l’obtention de leurs licences.
Le cas de cinq pompiers d’aérodrome est également cité. Arrivés au terme de leur formation et de leur CDD, ils seraient aujourd’hui sans salaire et sans décision claire concernant leur recrutement.
Pour les syndicats, il est incompréhensible que des travailleurs formés pour répondre aux besoins de l’entreprise restent sans perspective alors que des difficultés d’effectifs sont régulièrement évoquées.
La question d’un éventuel plan social inquiète également les représentants des travailleurs. L’intersyndicale affirme que le Directeur général évoque régulièrement cette perspective, alors que de nouveaux recrutements seraient observés.
Les syndicats préviennent qu’un éventuel plan social ne saurait, selon eux, servir d’instrument de règlement de comptes.
Ils demandent également le respect des engagements pris envers les personnes impactées par le projet de construction de l’aéroport, auxquelles un protocole d’accord aurait garanti un emploi au sein d’AIBD SA.
Les projets stratégiques au point mort ?
L’intersyndicale s’interroge aussi sur l’avenir de plusieurs projets structurants liés au développement du secteur aéroportuaire.
« Par rapport aux aéroports régionaux, Ourossogui, Kédougou, Saint-Louis, Yoff, ce sont des projets qui sont à l’arrêt alors qu’on veut financer un centre médical d’urgence, un champ solaire, une régie publicitaire sans lien avec nos missions malgré le recentrage demandé par les autorités. Beaucoup de nos avantages ont été supprimés unilatéralement et doivent nous être restitués », dénonce Papa Mamadou Dia.
Pour les syndicats, AIBD SA doit retrouver une stratégie claire et se recentrer sur ses missions essentielles.
Un autre sujet sensible a été abordé par les syndicalistes, il s’agit des relations financières entre AIBD SA et Air Sénégal.
Les syndicats dénoncent les difficultés liées au paiement des redevances dues par la compagnie aérienne et s’inquiètent parallèlement des projets annoncés autour d’Air Sénégal, notamment dans la maintenance, la formation et l’assistance en escale.
D’où cette interrogation lancée publiquement par l’intersyndicale : « Est-on en train de déshabiller AIBD SA pour habiller Air Sénégal ? »
Les syndicats réclament des explications sur la stratégie globale de l’État dans le secteur aérien et sur la place réservée à AIBD SA.
Rewmi.com L'Equilibre notre Crédo
