Après les violences et les saccage: Des entreprises ont perdu des milliards en une journée

L’éruption de violences consécutives au verdict contre Ousmane Sonko l’a trouvé à l’étranger, où il était encore hier. Mais le président de la principale structure patronale du pays a néanmoins tenu, à travers un entretien réalisé au téléphone, à lancer un appel à l’apaisement, après avoir montré les conséquences de la fièvre qui a saisi le pays et affecté son économie.

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Baidy, Président du Cnp: On ne vous a pas entendu vous prononcer à la suite des évènements difficiles que connaît le pays depuis le 1er juin dernier. Pour­tant, on voit tous que les entreprises en ont grandement souffert, en dehors des vies humaines.

Ces appels étaient destinés aussi bien aux acteurs politiques et de la Société civile qu’à l’Etat. Nous avions invité les uns et les autres à se parler, à s’écouter et à privilégier l’intérêt supérieur de la Nation. Selon lui, le message du secteur privé a toujours été apolitique, non partisan et particulièrement soucieux des graves conséquences économiques issues de l’expression d’une violence socio-politique. La question qu’il s’est posé aprés ces scènes de violences c’est si les citoyens sénégalais ont mesuré la gravité de ce qui s’est passé avec le nombre particulièrement élevé de décès et l’ampleur de la destruction des biens privés et publics. Je dois dire qu’au niveau du Cnp, nos entreprises ont perdu en une journée des centaines de milliards F Cfa d’investissements et de chiffres d’affaires.

L’Etat a décidé un mo­ment de couper les connexions internet. Cela a-t-il eu un impact sur les entreprises ?

Nos entreprises ont été très fortement impactées. Celles du secteur bancaire, du pétrole et du gaz, des télécommunications, de la distribution ont été brûlées et pillées. C’est incompréhensible… Sans internet, les professionnels du numérique subissent de graves préjudices. Le secteur du BTP aussi. Alors, faisons très attention car des risques réels de mise au chômage technique, de licenciement économique et de perte de pouvoir d’achat de milliers de travailleurs existent. Et je souligne qu’il y a eu en plus, l’arrêt de presque toute l’activité économique, car les chefs d’entreprises se devaient de préserver la sécurité des travailleurs et de leurs installations. Notre secteur productif a été à l’arrêt pendant 3 jours, même si vous avez depuis lundi, une timide reprise dans quelques entreprises. Inquié­tudes et incertitudes nous animent tous.

Pensez-vous qu’à long terme, ces évènements puissent entacher l’image du Sénégal auprès des investisseurs ?
Je précise d’abord que si cette violence continue, des secteurs comme le tourisme, le transport aérien, ainsi que les chaînes d’approvisionnement de plusieurs produits et services risquent de subir une crise beaucoup plus profonde que celle du Covid-19.

Au regard de la gravité de la situation, une réunion du Bureau exécutif du Cnp va se tenir cette semaine et le point sera fait sur la situation dans chaque sous-secteur d’activités. Dans le contexte socio-politique actuel, nous devons davantage prêter attention à cette sensibilité relative à la sécurisation des investissements privés et à la protection de l’investisseur, qu’il soit aussi bien national qu’étranger.

Quand est diffusée au Sénégal, en Afrique et à l’échelle du monde, cette nouvelle image d’un Sénégal abimé de l’intérieur et pouvant être aussi défiguré de l’extérieur, cela ne peut qu’impacter négativement la destination Sénégal des flux d’investissements et de capitaux. Et je rappelle que cette image est diffusée à un mois de la date du Forum Invest In Sénégal, et à l’approche de l’élection présidentielle de 2024.

Si nous aimons notre Sénégal, il nous appartient de consolider notre paix sociale et notre stabilité politique, ainsi que notre union et solidarité nationales.
Je rappelle aussi que nul n’ignore que notre Sénégal a l’avantage d’être cette Nation exceptionnelle de paix sociale, de pluralisme politique, de diversité socio-culturelle et de performances économiques que bien d’autres nous envient.

Avons-nous le droit de rentrer dans une nouvelle crise socio-politique alors que nous nous remettons difficilement de cette série de crises exogènes sans précédent : la pandémie sanitaire du Covid-19, la hausse des cours mondiaux des denrées de première nécessité, le renchérissement substantiel des coûts du fret, la gestion sécuritaire de la sous-région, le conflit russo-ukrainien et les tensions sino-taïwanaises ?

Quel message pouvez-vous lancer pour que les esprits retrouvent la sérénité ?
Nul n’ignore que nous entrons dans une nouvelle ère où le monde se divise, se reconstruit en nouveaux blocs, et invite les nations à faire face à des enjeux de souveraineté économique et de défense nationale, mais aussi d’intolérance, de haine de soi, de discrimination, de violence et d’obscurantisme.

Et encore une fois, le secteur privé national nourrit l’espoir que son appel à la préservation de la paix sociale et la stabilité politique sera entendu, tant il est important de mobiliser notre jeunesse et toutes nos énergies nationales dans leur diversité autour de l’intérêt général et de donner un avenir socio-économique durable à notre Nation. Je précise que dans ce cadre, concernant l’action du secteur privé national, nous avons d’ores et déjà pris des initiatives pour rencontrer le chef de l’Etat, tous les partis politiques et la Société civile. Nous restons bien entendu très optimistes.
Propos recueillis

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