À la station de Keur Massar, carrefour névralgique entre Malika, Yeumbeul, Jaxaay et Niagues, la prostitution, habituellement associée à la nuit, s’exerce désormais en plein jour, dans une clandestinité à peine voilée. Rencontre avec ces femmes que la précarité pousse à vendre leur corps pour nourrir leurs enfants. « Mon frère, pouvez-vous servir de passage ? Vous allez où ? Là où vous voulez. » Une jeune femme au teint noir aborde le chauffeur d’une Ford. Déçue par sa réaction, elle se tourne vers un autre passant, demandant de l’aide « pour nourrir ses enfants ».
À peine est-elle partie avec son supposé client en direction de la route du supermarché qu’une autre, bien habillée, jupe rose et rondelets, s’installe à l’arrêt du bus Tata 52. Elle y reste une dizaine de minutes, discutant brièvement avec les voyageurs. Les échanges sont courts, pour ne pas attirer l’attention. Certains ne s’arrêtent même pas. « Je n’ai pas la tête à ça », lance un voyageur. Elle finit par suivre quelqu’un qui traverse le rond-point vers la banque de proximité, pourtant fermée ce dimanche-là. Puis disparaît.
La station de Keur Massar est un lieu stratégique. Cinq routes s’y croisent : Malika, Yeumbeul, Jaxaay, Niagues et la route nationale. Un cadre idéal pour des rencontres discrètes. Un vendeur ambulant de tee-shirts et caleçons, témoin de la scène, confirme : « Elles sont nombreuses. Toute la journée, c’est comme ça. Pour aborder quelqu’un, souvent elles demandent de l’aide financière, de quoi manger ou du transport. Mais en réalité, elles ont des chambres ou des appartements de par-derrière le supermarché. »
Avec Xalass infos
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