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Falsification de la monnaie : BABACAR GAYE « Elle ne fait que contribuer à polluer l’environnement des affaires du pays et à rendre notre système financier plus vulnérable »
Falsification de la monnaie : BABACAR GAYE « Elle ne fait que contribuer à polluer l’environnement des affaires du pays et à rendre notre système financier plus vulnérable »

Washington à Abu Dhabi : le voyage où se joue qui va payer la dette du Sénégal (Par Babacar Gaye, Économiste-Statisticien)

Par Babacar Gaye, Économiste-Statisticien, Directeur Général du Cabinet Gaye & Associés Consulting (GAC)

Le voyage du président Bassirou Diomaye Faye à Washington ne se limite pas à la recherche de financements, il s’agit, plus fondamentalement, de négocier qui va payer la facture de la dette cachée du Sénégal. Derrière l’agenda protocolaire se joue une manœuvre financière précise, que les chiffres permettent de mesurer avec exactitude.

Une diplomatie présidentielle qui change de nature

Le 1er septembre, au terme d’une huitième mission du FMI depuis l’élection présidentielle, le Sénégal et l’institution ont conclu un accord technique (staff-level agreement) portant sur 2,2 milliards de dollars soit 1 537,1 millions de DTS, l’équivalent de 475 % de la quote-part du pays au FMI. Ce taux d’accès, très supérieur aux standards habituels d’une Facilité élargie de crédit, traduit la gravité reconnue de la situation autant que la confiance accordée au programme de réformes. Reste une phase procédurale c’est l’examen par la direction du FMI, puis par son Conseil d’administration, sans date encore fixée. En rencontrant personnellement la Directrice générale Kristalina Georgieva le 15 septembre, le Chef de l’État ne négocie pas les chiffres (déjà actés) mais engage son propre capital politique pour accélérer un calendrier institutionnel.

Une architecture financière pensée pour protéger les Sénégalais

La dette publique totale a été réévaluée à 132 % du PIB fin 2024, contre 74,4 % initialement déclarés pour 2023 une correction de 25 points de PIB liée à la découverte d’engagements non recensés, estimés entre 7 et 11 milliards de dollars. Le déficit budgétaire réel a lui aussi été revu à la hausse, de 4,9 % à 12,3 % du PIB. Face à cette situation, l’État a fait un choix qui mérite d’être souligné : traiter la dette extérieure 81,2 % du PIB fin 2024, soit 16 160,5 milliards de FCFA, dont 49 % de composante commerciale et 18,3 % d’eurobonds dans le cadre multilatéral du G20, tout en préservant intégralement le marché régional en francs CFA. Ce choix protège les épargnants et les investisseurs de l’UEMOA, le Trésor y a encore levé 101 milliards de FCFA le 11 septembre, à des taux maîtrisés de 7,75 % (3 ans) et 7,89 % (5 ans), signe que la confiance régionale reste intacte pendant que se négocie, à l’extérieur, le partage du fardeau avec les créanciers commerciaux.

Washington puis Abu Dhabi : une diversification assumée, à l’échelle du besoin réel

Le programme du FMI, décaissé sur trois ans, doit être rapporté aux besoins de financement du budget 2026, qui atteignent 6 075 milliards de FCFA, il s’agit d’un levier de crédibilité catalytique, non d’une solution de financement autosuffisante. C’est ce qui explique la suite immédiate du voyage vers Abu Dhabi. À Washington, les rencontres avec la Chambre de commerce américaine, Motorola Solutions, Kosmos Energy, le Corporate Council on Africa et la Banque mondiale se sont conclues par l’annonce d’un investissement de 300 millions de dollars du groupe Cybastion dans la digitalisation et la cybersécurité un signal, à consolider par des engagements contractuels, que le Sénégal redevient une destination d’investissement crédible.

Les points que la rigueur scientifique impose de suivre

En tant qu’économiste, je dois rappeler trois indicateurs à observer dans les prochaines semaines, non par scepticisme, mais par exigence tout d’abord la date d’inscription effective du dossier à l’ordre du jour du Conseil d’administration du FMI ensuite le rythme de matérialisation des 300 millions de dollars annoncés par Cybastion, sachant que l’écart entre promesse et décaissement effectif reste statistiquement significatif en Afrique et enfin la cohérence, dans la durée, entre les standards de transparence exigés par le FMI et la nature des partenariats noués à Abu Dhabi. Ce sont des points de vigilance ordinaires dans toute diplomatie financière de cette ampleur ils ne remettent nullement en cause la pertinence de la stratégie engagée.

Ce qu’il faut retenir

Ce déplacement marque une inflexion mesurable, le Sénégal ne subit plus sa crise de dette, il la pilote avec méthode et avec chiffres à l’appui. En combinant rigueur budgétaire assumée devant le FMI, protection du marché régional et ouverture mesurée vers de nouveaux partenaires, le président Bassirou Diomaye Faye affiche une méthode de gouvernance économique que les données, à ce stade, viennent conforter. Le Sénégal a besoin, pour consolider cette trajectoire, de la mobilisation de toutes ses compétences c’est dans cet esprit que cette analyse est proposée au débat public.

Par Babacar Gaye, Économiste-Statisticien, Directeur Général du Cabinet Gaye & Associés Consulting (GAC)

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