A l’orée de 2025, Rewmi quotidien plonge dans un secteur marqué de « tourbillon » : la Justice. Dès son avènement en 2024 au mois de mars, le Chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye a exprimé son intention de « moderniser » le secteur et de créer « une réconciliation ». Par ailleurs, en 2024, toujours dans ce secteur, nombreux ont été les opposants ou les journalistes qui ont été convoqués. L’année qui s’écoule a également été marquée par l’installation du Pool Judiciaire financier et des membres de la Haute Cour de Justice.
Assises de la justice et le vent d’espoir au Sénégal
Dès son investiture, le 2 avril 2024, le chef de l’Etat avait exprimé sa volonté de transformer la justice sénégalaise pour qu’elle devienne indépendante et renforcée. Il avait annoncé, dans la foulée, lors de son premier discours à la nation le 3 avril 2024, les assises de la justice pour renforcer cette institution et la réconcilier avec le peuple. « Soixante-quatre ans après les indépendance, le moment me semble venu de tirer les leçons de nos réussites et de nos échecs pour une gouvernance publique plus moderne, plus républicaine et plus respectueuse des droits humains », avait-il déclaré. Ce dernier venait de décliner sa vision « judicaire ». Il avait donc montré la voie pour une réforme profonde de la justice et son indépendance, qui passeront par des « assises » du système judiciaire.
Dans un contexte de suspicion de « mainmise » ou de « manipulation » de la justice par l’exécutif, Bassirou Diomaye Faye avait laissé entendre que la justice sénégalaise est souvent malmenée notamment par la « judiciarisation » des dossiers politiques ces dernières années, surtout en périodes pré et post-électorales. » C’est ainsi qu’au mois de mai de la même année que ce dernier présida ces assises sur le thème : « réforme et de la modernisation de la justice ». Une rencontre au cours de laquelle s’est institué le dialogue national. Plusieurs thématiques comme « le temps du procès pénal », « les conditions de détention et de préparation à la réinsertion sociale des détenus », « le régime de la privation de liberté » ont été débattues. Mais la question divergente a été celle de la présidence du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et la gestion de la carrière des magistrats par le chef de l’Etat, assisté de son Garde des Sceaux ministre de la Justice (vice-président du CSM), les consultations à domicile (même si elles sont désormais devenues une exception), les affections à des postes par intérim. A terme, une dizaine de mesures phares sont contenues dans les recommandations issues de ce dialogue, pour améliorer le fonctionnement de la justice sénégalaise. Il s’agit de la mise en place d’une Cour constitutionnelle plus autonome et ouverte à d’autres profils que des magistrats, au lieu d’un Conseil constitutionnel. En outre, il y a eu aussi la révision du code pénal, du code de la famille, de la digitalisation des services de la justice et la construction d’une nouvelle prison entre autres.
Relations Presse-Pouvoir : une corporation divisée, des confrères convoqués
L’année 2024 a été aussi marqué par des convocations et autres arrestations. Une justice qui carbure et loin d’être au chômage. Pour rappel, Mme Dieguy Diop, responsable de la liste Takku Wallu Sénégal, a été déclarée fugitive et recherchée par la police criminelle. Elle a pu apporter la preuve du caractère diffamatoire de cette accusation bien qu’elle sera entendue. Les relations du nouveau régime avec certains journalistes se sont particulièrement envenimées. Certains professionnels des médias, ayant exprimé des critiques à l’égard des politiques du gouvernement, ont été rapidement catalogués comme des opposants. Ces tensions ont ravivé un climat de méfiance mutuelle, marquant un recul dans la liberté de ton et d’expression. Bougane Gueye Dany qui a eu maille avec la justice a également été entendu par la police. Cela ayant trait à ses sorties virulentes à l’endroit du Premier ministre Ousmane Sonko. Des journalistes aussi en ont fait les frais. C’est le cas de Cheikh Yérim Seck, placé en garde à vue après des propos tenus dans les médias. Idem pour Adama Gaye. Le président du groupe de presse « Avenir Communication » Madiambal Diagne a aussi répondu à une convocation de la Sûreté urbaine de Dakar suite à une plainte que Ousmane Sonko avait déposée contre sa personne durant la campagne électorale.
Moustapha Diakhaté, convoqué un vendredi à la Division de lutte contre la cybersécurité a été placé en garde à vue. Son audition portait sur l’analyse qu’il a faite des résultats des dernières élections législatives. L’ex commissaire Cheikhna Keita sera aussi placé sous mandat de dépôt pour diffusion de fausses nouvelles. Une information judiciaire avait été ouverte. Rappelons que le président de la République va présider le 16 janvier la cérémonie solennelle de rentrée des Cours et Tribunaux, la première depuis son élection le 24 mars 2024. L’événement est axé sur le thème : « Droit de grève et préservation de l’ordre public. »
Installation du Pool Judiciaire financier et la HCJ
Au mois de septembre, 27 magistrats spécialisés dans la lutte contre la corruption et les crimes économiques ont été officiellement installés au sein du pool judiciaire financier. Le PJF remplace la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) qui avait été créée en 1981 et disposait de prérogatives plus limitées. Ces magistrats sont amenés à traiter les « infractions économiques et financières, le financement du terrorisme, le blanchiment de capitaux ainsi que de nombreuses autres infractions complexes, le tout avec la garantie du respect d’un procès équitable » avec, notamment, la possibilité de faire appel.
2024 aura été marquée par l’installation des membres de la Haute cour de justice. Cette juridiction exceptionnelle, composée de seize magistrats soigneusement sélectionnés, dispose désormais de tous les moyens pour accomplir sa mission de contrôle des plus hautes autorités de l’État. Un nouveau chapitre dans la lutte contre l’impunité.
MOMAR CISSE
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