L’enquête judiciaire sur le décès de l’étudiant en médecine à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) prend une tournure contradictoire. Alors que le maître des poursuites appelle à la prudence en minimisant, pour l’heure, la piste des violences physiques, le corps médical a décidé de briser le silence. S’appuyant sur des données techniques précises, les collègues du défunt opposent aux autorités judiciaires des conclusions d’autopsie qui excluent la thèse accidentelle.
Le Procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Dakar a officialisé, samedi 14 février, l’ouverture d’une « enquête exhaustive » pour faire la lumière sur la mort d’Abdoulaye Bâ, survenue le 9 février dernier. Dans une communication relayée par le journal *Le Quotidien*, le Parquet informe que la Sûreté urbaine et la Division des investigations criminelles (DIC) sont à pied d’œuvre pour situer les responsabilités. Des auditions, un transport sur les lieux et une autopsie ont déjà été réalisés.
Cependant, c’est l’interprétation des premiers éléments qui cristallise les tensions. Le Procureur affirme qu’à « ce stade, les éléments disponibles ne corroborent pas les rumeurs faisant état de violences physiques exercées sur la victime ». Une déclaration qui se veut apaisante, appelant à la retenue en attendant les conclusions définitives, mais qui a immédiatement provoqué une levée de boucliers au sein de la communauté médicale.
La réaction du Collectif des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes en spécialisation du Sénégal (Comes) ne s’est pas fait attendre. Prenant le contre-pied de la communication du Parquet, le collectif s’appuie sur les résultats scientifiques de l’examen légiste. Selon eux, l’autopsie a formellement écarté la cause naturelle isolée pour orienter les investigations vers « l’existence d’un mécanisme traumatique majeur ».
La mort d’Abdoulaye Bâ ne peut être, selon les spécialistes, le résultat d’un acte auto-infligé. Le Comes juge « inconcevable » qu’un jeune homme de 20 ans, en pleine santé et engagé dans un cursus exigeant, ait pu volontairement causer sa propre mort par un tel traumatisme. Une position qui invalide de facto toute tentative de classer l’affaire sans suite ou de conclure à un accident domestique simple.
Face à ce qu’ils qualifient de « gravité des faits », les médecins en spécialisation exigent que la justice soit rendue avec « rigueur et impartialité ». Ils pressent les enquêteurs d’identifier l’origine exacte de ce traumatisme, refusant que le dossier s’enlise dans des considérations qui contrediraient l’évidence médicale relevée sur le corps de leur collègue.
Rewmi.com L'Equilibre notre Crédo