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Tribune : Ousmane Sonko, une malchance pour le Sénégal ? Enquête sur un système de rupture et de régression

Le Sénégal traverse une zone de turbulences inédite. Pour comprendre la trajectoire politique actuelle du pays, il est devenu impossible de contourner le cas d’Ousmane Sonko. De l’opposant radical à l’actuel président de l’Assemblée nationale, en passant par son récent limogeage de la Primature, le parcours de l’homme fort du PASTEF interroge autant qu’il inquiète. Entre rhétorique incendiaire d’hier, marasme économique et exercice hégémonique du pouvoir aujourd’hui, force est de se demander si la trajectoire de ce leader ne s’apparente pas, finalement, à une véritable malchance pour le destin de la Nation.

Un passé marqué par la culture de la confrontation

Avant d’accéder aux responsabilités, la trajectoire d’Ousmane Sonko s’est largement dessinée sous le signe de la rupture brutale et de la conflictualité. L’opinion publique garde en mémoire des concepts d’une rare violence verbale pour la tradition démocratique sénégalaise :

  • Les appels au « mortal combat » et au « sacrifice ultime » : kou dê sa yaay diourat !
  • Les menaces explicites d’aller déloger le chef de l’État du palais présidentiel pour lui faire subir le sort tragique de Samuel Doe.
  • Les incitations à l’insurrection qui ont encadré les tragiques événements de mars 2021 et de juin 2023, se soldant par de lourdes pertes en vies humaines.

Au-delà des mots, ce sont les symboles de la modernisation et de l’avenir du pays qui ont été pris pour cibles lors de ces vagues de violences : le saccage des universités, l’incendie de rames du TER (Train Express Régional) et le ciblage des infrastructures du BRT (Bus Rapide Transit). Une stratégie de la terre brûlée où la destruction des biens publics semblait être érigée en moyen de pression politique.

L’épreuve du pouvoir : Une économie en berne

Durant son passage à la tête du gouvernement, le réveil a été brutal pour les indicateurs macroéconomiques du Sénégal. La rhétorique populiste s’est heurtée à la réalité des marchés et des investissements.

Le constat actuel : L’économie sénégalaise affiche des signes de dégringolade préoccupants. Le climat des affaires s’est considérablement détérioré, gelé par une incertitude politique permanente et une tension sociale qui ne faiblit pas. Les partenaires internationaux et les investisseurs nationaux observent avec frilosité un pilotage étatique dicté davantage par l’idéologie partisane que par l’orthodoxie financière.

Le perchoir de l’Assemblée : Le sommet de l’illégalité ?

Le dernier épisode en date illustre parfaitement ce mépris flagrant pour l’État de droit. Fraîchement limogé de son poste de Premier ministre par le président de la République, Ousmane Sonko n’aura mis que quelques jours pour orchestrer sa riposte politique. Porté par une majorité mécanique de partisans au sein de l’hémicycle, il s’est fait élire président de l’Assemblée nationale.

Pour justifier ce retour de passe-passe, ses soutiens ont invoqué une disposition légale permettant la suspension provisoire du mandat de député en cas de nomination au gouvernement. Or, l’artifice juridique est grossier : cette disposition n’existait tout simplement pas en 2024 au moment où il entrait à la Primature. Ce saut de puce législatif rétroactif entache sa présidence d’une illégalité manifeste. Ce n’est plus de la politique, c’est un détournement de procédure destiné à maintenir l’homme fort du PASTEF au cœur de l’appareil d’État, au mépris des règles établies.

La tentation hégémonique et l’illusion d’une nouvelle constitution

Plus inquiétant encore pour l’avenir démocratique du pays, Ousmane Sonko n’a jamais caché son aversion pour le pluralisme traditionnel. Ses déclarations publiques, teintées d’une préférence pour un parti unique qui se situerait au-dessus de l’appareil d’État, résonnent comme une alerte pour les défenseurs des libertés.

Aujourd’hui, le projet de refonte constitutionnelle porté par son camp cristallise toutes les craintes. Loin d’une modernisation des institutions, de nombreuses voix issues de la société civile, des cercles juridiques et de l’opposition s’élèvent pour dénoncer ce qui s’apparente à :

  1. L’instauration d’un nouveau régime politique taillé sur mesure.
  2. Un verrouillage institutionnel permettant au PASTEF de régner sans partage et d’étouffer toute alternance future.
  3. La fragilisation des contre-pouvoirs traditionnels (justice, presse, législatif).

Le contraste saisissant au sommet de l’État

Face à cette omniprésence agressive, à ces contorsions juridiques et aux tentatives d’humiliation publique, le paysage politique offre un contraste saisissant au plus haut niveau. Devant les assauts verbaux et les provocations de son ancien Premier ministre, le Président de la République maintient une posture de calme, de sérénité et de hauteur institutionnelle.

Ce bras de fer au sommet pose une question fondamentale : jusqu’à quand la résilience républicaine du chef de l’État pourra-t-elle contenir les ambitions hégémoniques d’un chef de parti qui utilise l’Assemblée nationale comme un bouclier personnel et une arme de déstabilisation ?

Conclusion : La rançon du populisme et la responsabilité d’une génération

Au regard de ce cahier des charges politique et économique, l’heure n’est plus aux faux-semblants. En choisissant d’asseoir son ascension sur l’exploitation cynique du désespoir d’une jeunesse en manque de perspectives, Ousmane Sonko a fait le choix de la fracture plutôt que de l’unité. Le populisme, lorsqu’il se nourrit de la colère sans jamais proposer de bâtir, finit toujours par consumer les institutions qui lui survivent.

En substituant la force mécanique à la légitimité légale et la tension permanente à la sérénité républicaine, force est de constater que l’homme fort du PASTEF s’inscrit aujourd’hui comme une tragique malchance pour le Sénégal. Alors que le pays réclame de la stabilité pour rassurer les investisseurs et redresser son économie en berne, le « système » Sonko n’offre qu’un horizon de crises constitutionnelles et de calculs partisans.

Au-delà des urgences du présent, c’est une question de responsabilité historique qui se pose désormais à nous tous. Si nous laissons s’enraciner ces dérives et ce mépris des règles républicaines, notre génération portera le lourd fardeau d’avoir failli à son devoir. Nous courons le risque historique de ne laisser à nos héritiers qu’un champ de ruines institutionnelles, un pays divisé et appauvri. Pour que le Sénégal reste cette terre de prospérité, de paix et de concorde que nous avons reçue en héritage et que nous devons impérativement transmettre, le réveil citoyen face à ce mirage politique n’est plus une option : c’est un impératif existentiel.

 

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