Le processus de sélection du prochain Directeur général de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) commence à susciter des interrogations. Présenté, à son lancement, comme une procédure fondée sur la transparence, l’égalité des chances et le mérite, le processus serait marqué, selon des informations recueillies auprès de sources proches du dossier, par l’écartement de plusieurs candidatures, notamment celles de cadres de l’institution disposant d’une solide expérience dans le secteur.
Ces informations, qui n’ont pas encore fait l’objet d’une confirmation officielle, soulèvent néanmoins une question centrale : sur quels critères certaines candidatures ont-elles été écartées ?
Des candidatures internes qui interrogent
L’appel à candidatures pour le recrutement du prochain DG de l’ARTP avait été favorablement accueilli par l’Amicale des Cadres de l’institution. Celle-ci avait salué une démarche susceptible de renforcer la transparence, l’égalité des chances et la promotion du mérite dans le choix du futur dirigeant. Mais à mesure que la procédure avance, des interrogations apparaissent sur les conditions de la présélection.
Selon plusieurs informations circulant dans des milieux proches de l’écosystème des télécommunications et des postes, plusieurs cadres de l’ARTP, dont certains cumuleraient près de vingt années d’expérience au sein de l’institution, auraient été écartés dès les premières étapes du processus.
Ces profils disposent pourtant, par nature, d’une connaissance approfondie du fonctionnement de l’Autorité, de ses mécanismes de régulation et des réalités techniques, réglementaires et institutionnelles d’un secteur stratégique pour l’économie sénégalaise.
À ce stade, rien ne permet toutefois d’affirmer que ces candidatures ont été écartées sur des bases contestables. Mais l’absence d’informations précises sur les critères de présélection nourrit les interrogations.
L’expérience interne est-elle un atout ou un handicap ?
La question mérite d’être posée avec d’autant plus d’acuité que l’Amicale des Cadres de l’ARTP avait, lors du lancement de l’appel à candidatures, appelé à accorder une attention particulière aux candidatures internes répondant aux exigences du poste.
Compétence, expérience, intégrité, indépendance et aptitudes managériales avaient notamment été présentées comme des critères déterminants.
Le principe est simple : l’expérience acquise au sein de l’ARTP ne devrait pas, en elle-même, constituer un handicap dans une procédure censée consacrer le mérite.
Au contraire, une connaissance fine de l’environnement réglementaire, des missions de l’Autorité et des enjeux du secteur peut constituer un avantage pour assurer la continuité de l’action publique et l’efficacité de la régulation.
Dès lors, si des cadres internes disposant effectivement des qualifications requises ont été écartés, la question des motifs de ces décisions mérite d’être posée publiquement.
Quels critères, quelle grille de sélection ?
C’est précisément là que se situe le principal point de tension. Dans une procédure destinée à pourvoir une fonction aussi stratégique, la transparence ne peut pas se limiter au lancement d’un appel à candidatures. Elle doit également porter sur les règles de présélection et, dans la mesure compatible avec la confidentialité des candidatures, sur les critères ayant conduit au choix des profils retenus.
Les candidats sont concernés au premier chef. Mais les agents de l’ARTP et, plus largement, l’opinion publique sont également en droit de s’interroger sur la méthode retenue.
Quels critères ont été appliqués ? Quelle pondération a été accordée à l’expérience, aux compétences techniques, aux aptitudes managériales et à la connaissance du secteur ? Les mêmes règles ont-elles été appliquées à l’ensemble des candidats ? Autant de questions auxquelles une communication claire permettrait de répondre.
Un poste stratégique pour le secteur numérique
L’enjeu dépasse largement le sort de quelques candidatures. L’ARTP joue un rôle central dans la régulation des télécommunications et des postes au Sénégal. Le choix de son prochain Directeur général aura des conséquences sur la gouvernance de l’institution, la régulation du marché, les relations avec les opérateurs et l’ensemble des acteurs du numérique.
Le futur DG devra également évoluer dans un environnement marqué par des transformations technologiques rapides, des enjeux de concurrence, de qualité de service, de souveraineté numérique et de protection des usagers.
Dans ce contexte, le processus de désignation du dirigeant de l’Autorité ne peut souffrir d’une opacité susceptible d’alimenter la suspicion.
L’appel à candidatures doit aller jusqu’au bout de sa logique
Le recours à un appel à candidatures avait créé l’attente d’une compétition ouverte, transparente et fondée sur le mérite.
Pour que cette promesse soit tenue, il importe désormais que les différentes étapes du processus soient suffisamment lisibles et que les critères de sélection soient clairement établis et appliqués de manière équitable.
Il ne s’agit ni de contester par avance les prérogatives du comité de sélection, ni de préjuger de l’identité du prochain Directeur général. Il s’agit simplement de rappeler une exigence élémentaire de gouvernance : plus le poste est stratégique, plus la procédure qui conduit à sa désignation doit être incontestable.
Si les informations faisant état de l’écartement de cadres internes à l’ARTP, expérimentés en plus, venaient à être confirmées, des explications seraient légitimement attendues.
À l’inverse, une clarification officielle sur les critères et les différentes étapes de la sélection pourrait contribuer à dissiper les doutes qui commencent à s’installer.
Car au-delà des candidatures individuelles, c’est bien la crédibilité de l’ensemble du processus de désignation du prochain DG de l’ARTP qui est désormais en jeu.
Un appel à candidatures ne saurait être un gage de transparence uniquement au moment de son lancement. La transparence se mesure à l’ensemble du processus, jusqu’à la décision finale.
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